L’histoire de René

Le bonheur c’est un choix!

Cette page raconte l’histoire de René, comment il est devenu obèse, comment il est passé de policier à humoriste.  Il a été honnête, ça lui a coûté sa jeunesse.

Voici son récit :

René était excessivement en forme avant d’être obèse.  Il a fait du Karaté avec l’École Sunfuki de 15 ans à 22 ans.  Il a aussi fait du Judo, du Kenpo (une autre forme de Karaté) et de l’Aikido durant sa formation de policier. Il s’entraînait au gym de 3 à 4 fois semaine et « benchait » facilement 300lbs. Il courait 2,8 km en 12 minutes.  René portait du 34-36 de pantalon, il pesait 250lbs de muscles.  Il n’avait jamais connu d’échec, il avait une mémoire phénoménale, il a été premier de classe dans toutes les matières à l’école, il avait une vision plus que parfaite. Il connaissait les lois du bout des doigts et avait une confiance en lui inébranlable. Il avait une situation stable autant financière qu’émotive.

Pour René il était évident de devenir policier puisqu’il vient d’une longue lignée de policiers, les vieux policiers, ceux qui devenait agent de la paix pour améliorer le monde.   René a eu le plaisir d’être policier de juin 1995 à septembre 1998, malheureusement il a connu l’époque des emplois temporaires qui incitent les jeunes policiers à exécuter plutôt qu’à réfléchir et qui les éloignent de l’indépendance judiciaire requise pour exercer leur métier.  C’est l’époque des quotas de tickets destinés à remplir les coffres de l’État et où les jeunes policiers doivent sévir et collecter plutôt que servir et protéger!

En 1997, René est allé travailler comme policier dans un micro village.  Son chef lui demande de donner des tickets de vitesse pour remplir le quotas de la ville, ce que René refuse de faire n’étant pas encore opérateur radar (à cette époque, il s’agissait d’une formation supplémentaire offerte aux policiers une fois gradués.) La droiture de René a commencé à être « gênante » pour son patron et ce dernier à cherché à se débarrasser de René.  À l’époque René n’a pas beaucoup d’expérience, il ne voit donc rien venir.  En octobre son patron fait une offre à René. Si René accepte de quitter son emploi sans poursuivre son employeur, son patron s’engage à ne pas ternir sa réputation.  Menacé de se voir donner de mauvaises références, ce qui aurait pour effet de mettre fin à sa carrière, René a accepté l’offre pour éviter de voir son nom terni et pouvoir continuer à exercer le métier qu’il aimait plus que tout.

Il a caché la situation à ses parents jusqu’en février parce qu’il avait honte, il avait échoué.  Il s’était tenu droit mais ça ne valait plus grand chose vu qu’il s’était fait congédié, il  ne voulait pas que ses parents s’inquiètent.  Il voulait s’en sortir tout seul.  Il a passé Noël à cacher à tout le monde qui l’aimait ce qu’il lui arrivait.  En février, René est retourné à la maison, il est entré et s’est mit à pleurer comme un bébé. René s’est vidé le coeur à sa mère.  Sa mère lui a dit : « Reviens à la maison ».  Quand son père est arrivé, René pleurait encore de colère, de peine, de honte et d’injustice.  Son père aussi lui a dit : « Rentre à la maison ».  Alors René est rentré chez lui, chez ses parents.  Ce fût un immense soulagement, il était enfin plus seul!

En l’espace de 4 mois il est monté à 330 lbs, il s’est mis à habillé du 2XL. Il est retourné au gym et s’est entraîné comme un fou.  De février à avril il avait perdu 50lbs. En avril il repassait un test d’aptitude physique vu qu’il participait au processus de sélection pour devenir policier dans une autre ville.  Malheureusement, il y avait beaucoup de candidat et René n’a pas été retenu. En mai, il participe au processus de sélection d’une autre ville. Il a rempli alors, avec succès, toute les conditions d’embauches (test physique, psychologique et médical) Il ne restait que l’enquête sur sa réputation.  Il était nerveux, ne sachant pas si son ancien chef de police avait tenu parole.   René est engagé et heureux! C’était sa place, un poste de police qui respectait l’ancienneté et qui n’avait pas de quotas de ticket.  À chaque fois que René travaillait, à la fin de son quart de travail, il était évalué par son coéquipier.  Toutes les évaluations disent de lui : Très bon policier, policier très compétent, policier prometteur.  Et du jour au lendemain, ça changé.

Le 15 septembre 1998, quand René est revenu de son quart de travail, son lieutenant avait la face longue, il lui a dit que la direction l’attendaient dans la salle de conférence.  En rentrant on lui demande son fusil et sa badge.  René ne savait pas encore ce qu’il se passait mais il savait que ça n’allait pas.  Il s’est assit et a demandé ce qui se passait, ils lui ont répondu qu’ils le laissait partir.  Quand René a demandé pourquoi, ils lui ont simplement dit qu’ils n’avaient pas de raison à donner. René a refusé de sortir sans qu’on lui fournisse des explications et après avoir tourné autour du pot pendant 10 minutes ils ont fini par lui dire : « De toute façon ça mal été ailleurs, alors on prendra pas la chance que ça arrive ici » René savait que son ancien chef avait décidé de lui faire du tort. René a eu beau leur dire que c’était des mensonges, ça n’a rien changé.

René qui était aussi en processus pour entrer dans la police de Montréal a été le seul candidat dont l’enquête de réputation n’a pas été fait par le bureau des affaires internes. L’enquêteur, qui était inexpérimenté, s’est fié aux mauvaises références et la candidature de René n’a pas été retenue.  Du jour au lendemain, tous ceux qui avait donné de bonne référence à René par le passé ont commencé à donner de mauvaises références. René savait que sa carrière de policier était finie, qu’il se disait des choses dans son dos qui n’était pas vrai mais il ne savait pas comment le prouver. Ça a pris 2 ans à René pour figurer une façon de prouver qu’il s’était fait avoir.

Pendant les 2 ans qui suivent la perte de la carrière de René.  René essaye de ne pas se laisser abattre, il tente de partir une entreprise de Queue de Castor (qui a durer 3-4 mois), il essaie de se garder occupé.  Ses parents étaient très inquiets de l’état de René. En janvier 1999, René commence à s’effondrer.  René a changé, il est devenu bête, maussade, violent…Il travaillait dans les bars comme doorman, il dépensait son argent au fur et à mesure. Il a commencé à engraisser, il a passé de 300lbs à 400lbs.

En 2000, René fait une diète aux protéines liquide durant 6 mois et il redescend à 300lbs! Et arrive le fameux 23 janvier 2001, ça faisait déjà 2 ans que René cherchait une façon de savoir ce qui était arrivé dans son dossier.  Il a un flash, après 2 ans et demi, ils doivent m’avoir oublié se dit-il.  Il va, simultanément, demander son dossier personnel en vertu de la loi de l’accès à l’information (art. 83) à toutes les organisations policières susceptibles d’avoir des informations sur René.  Ils avaient 30 jours pour répondre. Ce qu’ils ont fait après que René les aillent déjouer en refaisant une demande prétendant qu’il manquait des documents que d’autres organisations lui avait fourni.  Bizarrement, chaque organisation a renvoyé des documents qui n’étaient pas dans le premier envoi.

En mars 2001, il avait enfin en sa possession les documents qui prouvaient que sa réputation était salie et qu’il y avait eu collusion entre ses anciens employeurs. Et là, René a disjoncté.  Il est entré dans un déprime incroyable, la petite flamme d’espoir qui lui restait venait de s’éteindre. Il a 26 ans et il n’a plus rien devant lui.  Ses études ne lui servent plus à rien, il a subi une injustice et il est incapable d’obtenir réparation. À ce moment-là, le choc a été trop fort pour son corps, sa glande thyroïde a arrêté de fonctionner et il a été complétement absorbé par un sentiment de vengeance. René est entré dans une dépression profonde et la seule chose qui le faisait fonctionner, c’était de faire payer ses anciens employeurs pour l’atteinte à sa réputation à défaut de pouvoir le faire en dommages et intérêts. Pendant que René préparait ses causes, il s’est mis à engraisser à vue d’oeil.  Il a pris près de 50 lbs le premier mois.  Il est allé à la clinique pour voir ce qui se passait et il lui ont dit:  « Vu que tu n’as pas de médecin de famille va à l’urgence. »

Une fois à l’urgence, René voit un urgentologue qui lui dit qu’il est sûrement en dépression, il lui prescrit des anti-dépresseurs et le retourne chez lui sans rien vérifier d’autre.  René était dans un état émotif très fragile, il souffrait d’isolement sociale vu qu’il était seul à vouloir se battre contre ce qui lui arrivait, son entourage croyait que c’était mieux de tout laisser tomber.  La relation avec son père était plus tendue entre autre à cause que son père le voit engraisser à vue d’oeil et qu’il est inquiet.  René et ses parents conviennent que c’est mieux pour René de quitter le nid familiale une seconde fois.  René part donc en appartement au mois de juillet suivant.  Le stress et l’isolement ont fait que René a commencé à se réfugier dans le bouffe. Combiné à son problème de glande thyroïde (inconnu à l’époque) René a continuer à engraisser.  À chaque fois qu’il se décidait à aller à l’urgence, il se faisait dire : « Je le sais pas pourquoi tu engraisses donc, voici un nouveau pot d’anti-dépresseur » et il repartait.  Plusieurs ne le savent pas mais, les anti-dépresseurs ont une incidence pharmacologique sur la prise de poids. Pendant 1 an il est passé de 300-330 livres à 550 livres presque 600 lbs!!!

Durant cette année là, René va 7 fois à l’urgence, faisant de l’apnée de sommeil non-diagnostiquée, il se réveille la nuit en panique, il se reconduit à l’hôpital à chaque fois pensant faire un arrêt cardiaque (alors qu’il manquait d’oxygène) évidemment par le temps qu’il voit le médecin, René est de nouveau calme, sa pression et son pouls sont réguliers donc le médecin ne trouve rien et renvoit René à la maison, sauf la 7e fois.

La 7e fois, René est bien décidé de savoir ce qu’il a.  Une fois dans le bureau du médecin, celui-ci lui demande : Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider? » et René lui répond : »Non, c’est moi qui va t’aider aujourd’hui. » Le médecin lui demande alors de quoi il en retourne. René lui explique qu’il est prêt à rester aussi longtemps que nécessaire, de faire tous les tests qu’il faudra mais qu’il ne partira pas encore une fois avec un pot d’anti-dépresseur et une tape dans le dos. Que si c’est nécessaire il va lui casser les genoux afin de se ramasser en prison pour pouvoir se faire soigner car le médecin de la prison n’aura pas le choix de s’occuper de lui.  Le médecin comprend alors la détresse de René et commence par lui faire une prise de sang (Y’était temps!) et revient 10 minutes plus tard avec la réponse au problème, René n’a plus de THS dans son sang, sa glande thyroïde ne fonctionne pas bien.  René fait de l’hypothyroïdie depuis un an, voilà pourquoi il engraisse à vue d’oeil! (L’hypothyroïdie fait que ton métabolisme est trop lent, autrement dit, tout ce que tu manges reste stocké dans ton système)

Finalement, il sait ce qu’il a! Le médecin lui demande de rester pour la nuit pour rencontrer le psychiatre le lendemain matin pour s’assurer que René et le reste de la population est sans danger.  Le psychiatre établi que René est correct et il peut finalement rentrer chez lui.

René a finalement toutes gagnés ses causes hors cour. Avec l’argent il décide de se reprendre en main et s’inscrit en droit à l’Université.  René va mieux à se moment là et sourit de nouveau.  Il va voir, avec une amie, le spectacle de François Morency au Monument National.  Durant le spectacle, le siège cède sous son poids.  Son amie, mortifiée, lui demande ce qu’il va faire.  Il se lève et va porter son siège à François Morency sur la scène en lui tapant un clin d’oeil.  Évidemment, François se fout un peu de sa gueule, le temps que l’équipe trouve un autre siège à René et l’incident est clos.

Quelques semaines plus tard, René va passer une entrevue dans un bar dans le quartier gai pour y travailler comme doorman.  Il est plus que compétent pour le poste, malgré son obésité mais se fait refuser le poste parce qu’il est hétéro.  Il sort alors du bar très amusé de la situation et c’est à ce moment qu’il se fait remarquer par un agent d’artiste qui trouve très intéressant la « baby face » de René sur son corps immense.  René se met donc à travailler comme mannequin oversize, ensuite son agent lui propose une audition pour aller faire la « doublure » de François Morency pour le Gala Juste Pour Rire de cette année-là (2002) François le reconnait et décide de le prendre, il faut comprendre qu’à l’époque, une carrière artistique était absolument impensable et que pour lui c’était un « one shot deal » qui ne se reproduirait jamais, alors il accepte.

Arrive le fameux gala, René n’est pas nerveux contrairement à toute l’équipe qui est stressée de faire ouvrir le 20e Festival Juste Pour Rire au St-Denis devant 2200 personnes et l’équipe télé alors qu’il a jamais fait de scène de sa vie! Finalement, tout ce passe excessivement bien et en sortant de scène, René se fait conseiller d’aller à l’École Nationale de l’Humour.  François lui recommande d’aller faire son cour comme auteur, lui disant que c’est plus difficile d’apprendre à écrire des jokes qu’à les livrer.  René suit son conseil, il commence par les cours du soir et passe ensuite l’année 2003-2004 à l’École Nationale de l’Humour à temps plein.

De 2003 à 2006 c’est plutôt tranquille. René est aux études et ensuite il fait son stage auprès des Grandes Gueules à Énergie. Sa situation est stable et il s’en sort pas trop mal. Par contre, la santé de René commence à se détériorer, l’obésité commence à faire du dommage, il est diagnostiqué pour le diabète, l’hypertension, l’hypercholestérolémie, la goutte, l’apnée de sommeil.  René trouve ça difficile à prendre et n’accepte pas cette condition. Il n’avait pas les moyens à l’époque de se payer une nutritionniste et/ou un entraineur avec ses études. Il sait aussi qu’il ne sera pas gros toute sa vie et qu’un jour il aura la chance de retrouver sa santé.

René manque quand même de ressource, il n’a pas de médecin pour le suivre, pas de psychologue alors qu’il en aurait eu de besoin (il y avait plus de 1 an d’attente dans les CLSC), pas assez d’argent (et de connaissance en nutrition aussi à ce moment-là) pour faire de bon choix alimentaire.  Ces parents lui ont tout de même payé le psychologue durant plusieurs mois afin qu’il traite son choc post-traumatique qu’il avait vécu avec son histoire de police. Heureusement, car ça lui a surement aider à contenir le problème.

Après son stage, René essaie de se trouver un emploi. Malheureusement sans succès, puisqu’il n’arrive même pas à s’asseoir en entrevue.  Pour les employeurs, même si tu es hyper compétent, un obèse est un cas problème.  Absentéisme, maladie, besoin de matériel adapté, etc. Il se retrouve donc sur l’aide-sociale avec un problème d’employabilité. À partir de cette période sa condition physique continue de s’aggraver.

Fin de la première partie.  À suivre!…

4 Responses to L’histoire de René

  1. Gen says:

    Une réalité qui en touche plusieurs je crois…Lâchez-pas!

  2. nathalie brimboeuf says:

    je voulais encourager mon copain d’enfance ….je ne savais pas tout ce que tu avais traverser…..mais je sais que rené est un gars courageux et plein de vie….de mon souvenir ….il n’y avais pas grand chose pour l’abattre et je crois que ce rené la viens de refaire surface !!!!accroche toi a ce qu’il y a de meilleur dans ta vie ..ta blonde a l’air d’une fille formidable et incroyablement forte!!!!vous passerer a travers de ce défi au la main et pourrez meme aider des gens dans la meme situation!!!

    je vous souhaite tout mes voeux d’encouragement ….et vais continuer de vous lire

    nathalie 🙂

  3. Louise-Rachel Lalonde says:

    Bravo pour le chemin parcouru! Tu mérites le bonheur et la santé! Continu comme cela, tu m’inspire beaucoup…ton histoire est un peu la mienne et voir que l’on peut s’en sortir, me donne de l’espoir. Merci Véronique de prendre le temps d’écrire l’histoire de René, je suis certaine que cela va aider d’autres personnes qui se croient être les seul a vivre de mauvaises expériences d’injustice comme celle-là! Bonne continuité.

  4. Maude et Julie says:

    Ouais…comme on dit « Y’en aura pas d’facile »…mais quel caractère de fer. Bravo et encore chapeau. Faut continuer de croire que les choses peuvent changer et s’améliorer, surtout quand on est une bonne personne (, et là dessus y a aucun doute!)…la vie ne peut pas juste être mauvaise. On va peut-être retrouver René conférencier-humoriste un de ces 4 et tout son parcours mental, physique, éducationnel lui servira. Lâcher pas!

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