L’histoire de René…la suite

Nous sommes donc en 2006, et l’obésité vient de prendre une hypothèque sur les capacités physiques de René.  Il est tellement obèse qu’il n’a pu les bras « assez long » pour faire des tâches hygiéniques aisément.  Il a des problème de peau, il a développé de l’urticaire chronique, ses jambes sont enflées, sa peau est dure et rigide et il a de la difficulté à soulager ses démangeaisons. Ses articulations lui font mal, elles commencent à s’effriter prématurément.  Il a des problèmes de dos, il dort très mal et a de la misère à récupérer.  Il a de la difficulté a géré son taux de sucre et sa forme physique l’a abonné, il est constamment essoufflé.  Son ventre est tellement volumineux qu’il a de la difficulté à mettre ses bas et ses souliers. Il a tellement de plis de peau qu’à certains endroits il se met à faire des champignons de peau.

Il était constamment inconfortable dans sa peau, même s’il avait accepté son obésité et qu’il ne se dévalorisait pas, il commençait à être irrité de la situation, il aurait aimé pouvoir se déchirer la peau et sortir de son corps en forme et en santé comme avant.  Ce qui était le plus dure à ce moment là, c’était le sentiment d’incapacité qui se développait, l’impossibilité d’agir sur sa condition.  Pour combattre son urticaire, il avait besoin d’une Reactine par jour ce qui n’est pas couvert par la RAMQ, et René était tellement pauvre qu’il devait la volé pour pouvoir la prendre. René, un ancien policier, réduit au vol à l’étalage pour des médicaments essentiels à sa condition. Il a avisé par écrit son agent d’aide-social, qui lui a répondu qu’elle ne pouvait pas rien faire pour lui.  Il a trouvé un médecin qui lui a prescrit des anorexigènes et des médicaments qui neutralisent l’absorption des lipides, malheureusement ces médicaments ne sont pas couverts par la RAMQ, le médecin a fait une demande d’exception au gouvernement et le gouvernement a répondu à René qu’il refusait de payer les médicaments car l’obésité est un problème esthétique.  Autrement dit, il avait un problème « esthétique » qui lui causait du diabète, de l’hypertension, de l’hypercholestérolémie, apnée du sommeil et ainsi de suite, il commençait à être lourd à porter son « problème esthétique »!

Chercher une solution à son problème de santé est donc devenu une nouvelle quête pour René. Il a fait plusieurs démarches, écrit des lettres, rencontrés plusieurs personnes (médecins, travailleurs social, députés et j’en passe!) Bizarrement, personne ne pouvait l’aider et les seules solutions qu’on lui proposait était des solutions qui coûtaient de l’argent que René n’avait pas! Évidemment un des médecins qu’il a rencontré lui parle de la chirurgie bariatrique mais il avait une liste d’attente de 8 ans minimum, l’autre option était d’aller au privé à 18 500$ par opération mais à 550$ d’aide sociale par mois avec un loyer qui en coûte 600$ (vous pouvez faire le calcul, il est déjà short!) c’était impensable!!!

Les problèmes de santé de René, ce sont transformés en problème de mobilité, il a difficulté à marcher, il est incapable de prendre le transport en commun, d’une part parce qu’il rentre pas dans les sièges et d’autre part parce qu’il y a un risque de blessures trop grand (pour lui et pour les autres) si le conducteur freine brusquement car René ne sera pas capable de se retenir avec son poids, il ne peut pas prendre de voiture car il ne reste plus assez d’espace entre René et le volant.  Le gouvernement octroi à René un statut d’handicapé et des prestations d’aide-sociale avec contraintes sévères à l’emploi.  René vit dans un appartement minable de Montréal-Nord qu’il a de la difficulté à quitter (il restait au deuxième étage) il ne voit plus personnes, il se sent emprisonné chez lui. Il n’est plus capable de s’acheter de linge qui lui fait parce qu’à 550 livres il ne peut pas se trouver du linge dans les friperies ou les greniers populaires (évidemment le linge neuf était hors de prix pour ses moyens!) Les chances qu’il se trouve un emploi sont quasi-nulles, d’une part parce qu’il ne peut pas s’habiller correctement, d’autre part parce que la chaise qu’on lui offre en entrevue a des appui-bras et que René ne peut rentrer dans le siège. René continue tout de même à chercher des solutions, il en vient même à contacter des universités pour participer à des études et des tests cliniques pour contrer l’obésité. Il rencontre également un spécialiste en cholestérol, qui lui aussi essaie d’obtenir du gouvernement de payer les médicaments de René car sa survie en dépend.  Le gouvernement lui répond, encore une fois, que l’obésité est un problème esthétique!

La pauvreté de René l’empêche de faire des choix alimentaires intelligents, les aliments dans les banques alimentaires sont souvent des choses riches en glucides, très peu ou pas de produits frais. Donc, quand tu as 4$ en poche et que tu as le choix entre 2 cheesedoubles chez McDo ou un brocoli à 4,29$ le choix est assez facile à faire… Son obésité s’est alors transformé en dépendance alimentaire, il était rendu dépendant du gras et du sucre.  Ses seuls moments de joie étaient lorsqu’il engloutissait ses 72 à 96 ailes de poulets (!!!!!!) ou la boite d’éclairs au chocolat qui le consolait de sa misérable vie. Il a reproduit les mêmes comportements qu’un junkie, lorsqu’il mangeait avec excès ça lui donnait un sentiment de bien-être, un « high », il ne supportait plus la faim, c’était une sensation de manque, il devenait agressif ou même violent lorsqu’il ne mangeait pas. Il était rendu dépendant, il était incapable d’ouvrir un sac de chips sans en voir le fond.  Il était dominé par ses compulsions. Il était conscient qu’il était en train de manger son chemin vers une mort prématurée et il s’empiffrait quand même.

Heureusement, la vie met parfois sur ta route des gens clés.  Excédé par sa condition, René  se pointe dans le bureau de son agent d’aide-sociale, il a fondu en larmes, il a passé une demi-heure à lui dire qu’il valait mieux que ça, qu’il était intelligent et qu’il avait du potentiel, qu’il n’était pas un assisté social.  Il a dû la toucher, car elle a passé une semaine sur le dossier de René à la recherche d’un moyen de l’aider à s’en sortir.  Une semaine plus tard elle a donc annoncé à René qu’elle avait trouvé une subvention qui remboursait un employeur éventuel 100% de son salaire et tous les frais reliés à l’adaptation ergonomique de sa station de travail.  René est donc finalement retourné sur le marché du travail!

En 2007, il a commencé à travailler chez CIBL comme recherchiste et réalisateur de l’émission du matin.  Il était enfin redevenu un élément productif de la société!  Il avait un salaire décent qui lui a permis d’entrer dans une clinique privée, le centre de Gestion Globale du Poids.  Ça lui coutait les yeux de la tête pour passer 6 mois sur une diète de « milkshake » mais ça fonctionné, il avait à sa disposition un médecin, un psychologue, une nutritionniste et un kinésiologue.  René a pu se débarrasser de sa dépendance alimentaire et redescendre à 380 livres, une première depuis au moins 5 ans!! Sa vie va beaucoup mieux à se moment là. C’est à ce moment que j’ai rencontré René et que nous sommes tomber en amour l’un et l’autre. 🙂

À peine un mois après notre rencontre, René quitte son minable appart pour venir vivre chez moi en banlieue (il en est très heureux d’ailleurs!) Il a pu recommencer à faire de l’humour et nous avons parti les Soirées Mort de Rire pour créer de l’emploi en humour à René ainsi qu’une centaine d’humoristes de la relève.  J’ai amené René magasiner et je lui ai refait un look adapté à son travail et son âge, tout en tenant compte de son poids (croyez-moi des jeans tailles 56, y’a pas beaucoup de variétés de style!)

La seule ombre au tableau, c’est que même en ayant surmonté sa dépendance alimentaire l’estomac de René est toujours aussi immense, son problème d’obsession en est devenu un de quantité.  J’ai eu beau lui faire des repas équilibrés avec aucun produits chimiques ni autre cochonneries, au cours des 2 années qui ont suivi, il a tranquillement repris le poids qu’il avait perdu en clinique privée, ce qu’on appelle l’effet yo-yo.

René a réalisé qu’il faisait parti des gens pour qui les diètes ne fonctionnent pas et il a décidé de suivre les recommandations de son médecin et d’attaquer le problème à la source en subissant une chirurgie bariatrique.  René et moi, avons convenu qu’il serait plus facile de le faire opérer au privé plutôt que d’attendre 8 ans. Nous nous apprêtions à faire un show bénéfice afin d’amasser les fonds nécessaires pour faire une telle chirurgie quand René a croisé sur un plateau de tournage un autre obèse qu’il connait bien qui venait de subir une chirurgie bariatrique 6 mois auparavant.  Il dit alors à René de contacter l’hôpital Pierre-Boucher, en effet le gouvernement n’a toujours pas reconnu l’obésité comme une maladie mais l’hôpital Pierre-Boucher a choisi d’utiliser ses budgets discrétionnaires afin d’opérer plus de 400 obèses morbides par année. Ce qui veut dire que le 13 octobre prochain René subira une chirurgie bariatrique appelée gastrectomie par manchon (ou verticale, c’est la même chose) par laparoscopie et que l’opération sera payée par l’hôpital et son obésité prendra enfin fin!

Pour la suite, continuez de nous suivre! 🙂

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2 Responses to L’histoire de René…la suite

  1. imane says:

    en lisant votre histoire j’ai beaucoup pleuré. merci rené et bon courage.

  2. Julie Vezeau, serverse au Fuzion Zen says:

    Wow!!! comme quoi la persévérence est la meilleur preuve de courage!!!

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